Société

Au Texas, le changement politique passe par les banlieues

Dans le salon de Cheryl Polak se côtoient trophées de chasse, croix chrétiennes et décorations aux motifs du Texas.

Cette retraitée de 66 ans qui a passé la majeure partie de sa vie à Pearland, une banlieue résidentielle de Houston, dans le sud des Etats-Unis, est une fervente supportrice du candidat démocrate à la Maison Blanche, Joe Biden.

Mme Polak se considère toutefois « indépendante ». Par le passé, elle a voté pour des candidats républicains comme Richard Nixon et Ronald Reagan.

Mais elle estime auprès de l’AFP que le « Grand Old Party » conservateur qu’elle respectait s’est dénaturé sous le mandat de Donald Trump qui, selon elle, se “nourrit de la haine, de la division, de la colère” pour engranger des votes.

– Différences politiques –

Située au sud de Houston, la quatrième plus grande ville des Etats-Unis, Pearland est une banlieue résidentielle typique où se succèdent les maisons aux toits bruns et gris et aux pelouses irréprochables, devant lesquelles sont souvent garées deux ou trois voitures.

Mais, malgré leur apparence uniforme, ces villes de banlieue abritent des propriétaires aux origines et aux sensibilités politiques radicalement différentes, offrant une définition nuancée de la « suburbia ».

Ce mot à connotation positive désigne traditionnellement aux Etats-Unis des étalements péri-urbains synonymes d’accès à la propriété pour la classe moyenne, offrant un cadre de vie plus vert et parfois plus sûr comparativement aux centre-villes.

« Cette banlieue pavillonnaire n’est pas la petite communauté dans laquelle j’ai grandie, où tout le monde connaissait tout le monde », se souvient Cheryl Polak. « Nous sommes devenus l’une des villes les plus diverses du pays, et je trouve ça absolument génial ».

La population de Pearland a augmenté de 31% depuis 2010, selon le recensement. Parmi les habitants, 18% sont afro-américains, 13% asiatiques et 22% hispaniques.

Pearland n’est pas « la banlieue pavillonnaire blanche standardisée américaine que les gens peuvent imaginer », confirme Vivian, une femme hispanique de 28 ans qui préfère taire son nom de famille.

A la naissance de son fils, l’an dernier, elle a quitté Houston pour Pearland. « Je voulais offrir à mon fils le meilleur endroit pour vivre », explique-t-elle, évoquant un plus fort taux de criminalité dans le quartier intra-muros où elle a grandi.

Vivian se dit « de gauche ». Sa famille d’origine mexicaine soutient les démocrates, tout comme son fiancé afro-américain, dont la famille vient de New York et Chicago, deux grandes villes démocrates. Les deux ont un diplôme universitaire.

« Nous les Hispaniques, et même certains Asiatiques, commençons à nous installer » en banlieue « et nous votons démocrates », affirme-t-elle, citant les pancartes soutenant Joe Biden dans son quartier.

– Un Etat à surveiller –

Le grand Etat du Texas, traditionnellement conservateur, a voté républicain à chaque élection présidentielle depuis 1980.

Avec l’avancée des démocrates dans certaines banlieues autour de grandes villes comme Houston ou San Antonio, le « Lone Star State » est désormais vu comme un Etat-pivot qui pourrait faire basculer le résultat de la présidentielle.

Logique dans ces conditions que ces banlieues pavillonnaires soient choyées dans les discours de campagne.

Pour Abhi Rahman, directeur de la communication du Parti démocrate texan, ce sont des endroits où valeurs texanes et démocrates se rejoignent: « Prendre soin de son voisin », « s’assurer que tout le monde a un emploi bien payé ».

Pour le président Trump, ces zones périphériques sont un « exemple brillant du rêve américain, où les gens peuvent vivre dans leur propre maison dans des quartiers sûrs et agréables ».

Il dépeint à l’opposé un univers fait de chaos, de paupérisation et d’insécurité si son rival démocrate venait à remporter la Maison Blanche.

– Migration démocrate –

Debbie Akeroyd, fervente républicaine, souscrit à cette analyse. La retraitée de 70 ans, qui collectionne les croix chrétiennes, a récemment planté une pancarte « Trump-Pence, Gardons sa grandeur à l’Amérique » devant sa maison de Missouri City, près de Pearland.

Elle est soutenue par son mari Bob, 77 ans, pour qui « Trump n’est pas un politicien » mais « un businessman » qui « sait comment créer de l’emploi ».

Depuis son salon aux murs taupe, elle estime que le parti démocrate « veut mettre fin à la vie telle que nous la connaissons » et tendre vers une société “socialiste”.

Soumise à un règlement local limitant les débats par gazon interposé jusqu’au mois précédant l’élection, Mme Akeroyd a dû retirer sa pancarte. Mais, admettant « ne fréquenter que des conservateurs », elle espère que son quartier votera bien républicain.

Dans les faits, les changements démographiques des banlieues jouent plutôt en faveur des démocrates, souligne le professeur de science politique Jeronimo Cortina.

« Il y a beaucoup de migrations internes, de gens qui viennent de Californie ou de New York », explique ce chercheur à l’Université de Houston. « Ils amènent leurs opinions politiques avec eux, et ils emménagent dans les banlieues ».

Selon lui, les électeurs texans se soucient davantage « de l’économie », « de l’éducation », du « système de santé » que de la criminalité.

« On ne voit pas des gens se faire agresser à chaque coin de rue », « donc le tableau dépeint par le président » « ne reflète pas la réalité des banlieues, surtout au Texas », analyse-t-il.

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