Société

des victimes du « violeur de Sénart » témoignent

Un homme casqué sur un deux-roues qui les dépasse et qui s’arrête: des femmes « traumatisées » décrivent depuis lundi devant la cour d’assises de l’Essonne un scénario d’agression similaire en forêt de Sénart il y a plus de vingt ans.

A la barre, en visioconférence ou par la voix de leur avocat, elles témoignent dans le cadre du procès d’un homme soupçonné de 34 viols et agressions sexuelles entre 1995 et 2000 dans cette forêt, située à 25 km au sud-est de Paris.

Joggeuses ou simples promeneuses, ces femmes déclarent toutes avoir été agressées sexuellement ou violées par un jeune homme coiffé d’un casque intégral qui prenait ensuite la fuite sur son deux-roues motorisé.

« J’ai vu une mobylette arriver, je me suis rangée, il m’a dépassée puis il s’est arrêté, j’ai pensé qu’il était en panne et je lui ai même dit que mon chien n’était pas méchant », a raconté mercredi à la barre Jeanne*, une femme menue aux cheveux blancs aujourd’hui âgée de 74 ans.

« Je suis arrivée à sa hauteur, il m’a attrapée assez violemment, il m’a dit de ne pas crier. J’étais totalement tétanisée, il m’a obligée à lui faire une fellation, ça s’est passé très vite et après il est parti, il s’est même excusé en partant », poursuit l’ancienne comptable, en se remémorant cette soirée de juillet 1997. « J’ai pensé que j’allais mourir, j’ai eu très peur. »

Dans le box des accusés, Aïssa Z., cheveux ras et fines lunettes, écoute, impassible. Ce père de famille, ex-chauffeur de bus de 45 ans, a été confondu par son ADN et encourt 20 ans de réclusion.

Il nie les faits, depuis le début de son procès, qui doit s’achever le 9 octobre, comme durant toute l’instruction. « La description ne me correspond pas », insiste-t-il. Et de dénoncer des tests ADN « magouillés », « une instruction à charge ».

– « Instinct de survie » –

Même sentiment d’injustice chez lui après l’audition mardi de Sylvie*, 48 ans, la septième victime connue du « violeur de Sénart ». Elle témoigne par visioconférence depuis Toulouse.

Le 13 mai 1997 au soir, un homme à scooter, après l’avoir dépassée plusieurs fois alors qu’elle court, s’arrête et l’attrape par les cheveux, lui maintenant « la tête penchée » car, pense-t-elle, « voir les yeux de celle qu’on agresse, ça ne doit pas être confortable ».

Longtemps victime dans son enfance d’un de ses frères qui lui imposait des fellations, Sylvie refuse catégoriquement de lui en faire une, mais accepte de le masturber, par peur qu’il lui casse le nez, déjà plusieurs fois fracturé par un ex-compagnon violent, expliquera-t-elle à une experte psychologue en 2017.

Le président note alors « une attitude qui peut étonner »: la jeune femme fait en sorte que son agresseur éjacule sur son jogging. « C’est peut-être un instinct de survie. Je pensais qu’on allait jamais retrouver cette personne, j’ai fait en sorte qu’il y ait une preuve », explique cette femme au discours maîtrisé.

Elle tente même, en vain, de donner rendez-vous au jeune homme le lendemain « pour que les policiers puissent l’interpeller », relate-t-elle.

Ce jour-là, dit la quadragénaire qui « ne peu(t) plus avoir de rapport » sexuel, « on m’a retiré un des trois droits fondamentaux qu’est la liberté: aujourd’hui, je vis toujours dans la peur, l’hyper-vigilance. (…) Ça a flingué ma vie ».

Plusieurs victimes, craignant pour leur santé en raison du coronavirus ou pour leur équilibre psychologique, ont renoncé à déposer devant la cour.

C’est le cas de Danielle*, 80 ans, une ex-assistante maternelle agressée en juin 1997. « Elle avait peur que cela fasse bouger des choses en elle », explique son avocate, évoquant une personne « complètement traumatisée », vivant « enfermée chez elle ».

D’autres, explique l’avocate de Marie*, agressée le même été, ne veulent tout simplement « plus en entendre parler ».

(*) prénom modifié

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