Société

Laurent Saint-Martin, pilote de la relance au Palais Bourbon

Pur produit de la Macronie, le député Laurent Saint-Martin pilotera à partir de lundi le plan de relance dans l’hémicycle en tant que rapporteur du budget, un poste prestigieux auquel il avait pourtant renoncé quand, novice, il débarquait au Palais Bourbon.

En 2017, il incarne les promesses du renouveau dans le sillage de l’élection d’Emmanuel Macron, mais aussi ses limites opérationnelles dont il prend la mesure.

A 32 ans, il vient de remporter la troisième circonscription du Val-de-Marne face à un cacique de LR et découvre l’Assemblée nationale comme des cohortes de nouveaux « marcheurs ».

C’est le grand loto des postes. L’ambitieux jeune homme lorgne celui de rapporteur général de la commission des Finances. Un poste stratégique qu’il décroche. Problème pour LREM, l’ex-salarié de BPI France et de l’opérateur de la Bourse de Paris Euronext n’a jamais touché à une loi de finances de sa vie.

Rapporteur? Concrètement, tout ce qui devant la représentation nationale a trait au budget de la France passe sous ses fourches caudines. « C’est un peu la vigie de la dépense publique », explique l’intéressé.

C’est aussi « un poste éminemment politique », fait-il valoir. Et entre gouvernement et députés qui tirent à hue et à dia, mieux vaut un élu blanchi sous le harnais, comme jadis le socialiste Didier Migaud ou le LR Gilles Carrez.

Un compromis est trouvé. M. Saint-Martin cède la place au député des Hautes-Alpes Joël Giraud, un ex-radical de gauche rompu à l’exercice budgétaire. Promesse est faite: il reprendra la fonction à mi-mandat, lesté d’un peu plus d’expérience. Ce fut fait en janvier dernier. Et le jeune élu a pu se faire la main sur les trois budgets rectificatifs liés à la crise sanitaire.

Altruiste? « Il m’avait déjà laissé la place (comme candidat) dans le XVIIe arrondissement de Paris », relève Stanislas Guerini, actuel patron de La République en Marche. « Il est conscient de ses qualités mais se met toujours au service du collectif. »

– Demi de mêlée –

Difficile d’imaginer plus dissemblables que Laurent Saint-Martin et Joël Giraud, figure politique atypique venue d’un territoire de montagne, fan de musique « métal ».

Trentenaire bien mis et urbain, regard bleu ciel, diplômé d’une école de commerce du top 5 passé par un think tank tendance gauche strauss-kahnienne: Laurent Saint-Martin incarne le « nouveau monde » dans ce qu’il a de plus chimiquement pur.

« Ca n’est pas désagréable de débattre avec lui. Il est plutôt intelligent et courtois », mais « il reste dans la ligne, c’est un bon soldat du macronisme », tacle Eric Coquerel (LFI) qui le côtoie en commission.

« Il apprend son métier. Il est plutôt ouvert » mais Joël Giraud était « très indépendant » vis-à-vis du gouvernement, glisse Charles de Courson, un ex-UDI pilier des Finances.

« Laurent Saint-Martin a plutôt des origines de gauche, moi de droite libérale. On se rassemble sur une ligne libéral-sociale. Il porte l’ADN d’En Marche », vante Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat et amie.

Thuriféraire de la politique de l’offre comme Emmanuel Macron qu’il a côtoyé au think tank « En temps réel », M. Saint-Martin, qui s’embarqua très tôt dans l’aventure « En Marche », sourit à l’évocation de son militantisme lycéen chez les « Motivés », un mouvement citoyen rassemblant la gauche alternative toulousaine lors des municipales de 2001.

« J’avais des convictions très à gauche et envie de faire bouger les choses mais je n’étais pas trotskiste idéologique. »

Dès la sortie du lycée, ce fils d’enseignants commence à évoluer. Il s’intéresse à Gerhard Schröder en Allemagne et aux réformes de l’ex-chancelier social-démocrate (1998-2005), « ce que Jospin n’avait pas réussi à faire ».

Aujourd’hui, il se donne trois figures de référence: « Hemingway car il a fait de sa vie un roman, Churchill pour sa capacité à être dans l’action permanente et Guy Novès (ancien sélectionneur du XV de France), dans sa capacité à motiver les hommes pour la victoire ».

Fan de rugby, le député est capitaine du XV parlementaire où il évolue comme centre. « De formation, je suis un neuf », demi de mêlée, précise-t-il. Là où il faut diriger le jeu et les hommes, savoir ruser.

« Derrière son côté gendre idéal, il ne faut pas sous-estimer son ambition politique. C’est quelqu’un que l’on retrouvera dans longtemps », prédit Stanislas Guerini.

parl-grd/reb/jk/or

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