Société

Linda Kebbab, syndicaliste médiatique et « porte-souffrance » des policiers

Sa conseillère d’orientation l’aurait bien vue secrétaire, mais Linda Kebbab, fille d’immigrés algériens, a préféré policière. Porte-parole médiatique d’Unité-SGP-FO, cette trentenaire détonne par son profil au sein d’un syndicalisme très masculin et son franc-parler, virulent envers son administration.

Son visage s’est promené sur les écrans français pendant la crise des « gilets jaunes »: enchaînant les plateaux télés, Linda Kebbab y a révélé ses talents d’oratrice, souvent face à des bretteurs plus expérimentés, pour défendre les « collègues » accusés de tous les maux.

Son parler cash s’est aussi invité sur les réseaux sociaux, ce qui lui vaut régulièrement insultes et menaces, notamment lorsqu’elle bat en brèche l’expression de « violences policières ».

Rien ne prédestinait cette policière de 39 ans à une telle exposition après un parcours semé d’embûches qu’elle retrace dans un livre à paraître mercredi, « Gardienne de la paix et de la révolte » (ed. Stock).

Père éboueur, mère bénévole, la native de Vaux-en-Velin (Rhône), une commune secouée par de violentes émeutes en 1990, s’est toujours battue pour ne « pas se laisser enfermer dans une case », ni « servir de modèle aux préjugés ».

Enfant, elle passe son temps libre à dévorer les Rougon-Macquart, la saga de Zola, empruntée à la bibliothèque municipale. La police? « Pas de rapport particulier », assure-t-elle. « Croire que toutes les personnes qui vivent dans les quartiers sont confrontées aux forces de l’ordre, c’est un cliché », balaye la jeune femme.

Ses parents, analphabètes, la poussent à faire des études. Elle étudie l’anglais, le russe et l’arabe à la fac, mais abandonne son rêve de devenir reporter de guerre quand, à 22 ans, elle accueille seule la naissance de sa fille.

Elle cumule les boulots, parvient à la stabilité financière en montant une société d’import-export dans le textile mais elle veut se sentir « d’utilité publique ».

Un soir, l’intervention de policiers sur son palier pour mettre fin à des violences conjugales lui sert de déclic. « Une sorte d’évidence qui me tombe dessus ». Elle passe le concours de gardien de la paix.

-« chape de plomb »-

Les « abus d’autorité » de ses formateurs nourrissent sa fibre syndicale dès l’école. A sa sortie, affectée à une brigade de police-secours à Créteil, elle dort pendant trois mois dans sa voiture avant que la préfecture de police ne lui trouve un logement décent.

« Je ne l’ai pas vécu comme un drame, mais c’est plus facile de parler des problèmes quand on a vécu ce genre de choses », souligne la trentenaire.

Elle adhère rapidement à Unité-SGP-FO avant de devenir déléguée à plein temps, non sans essuyer les remarques sexistes de ses homologues masculins. « Si pour pouvoir me faire entendre, il faut d’abord que je me soucie de la couleur de ma robe, je n’ai pas de scrupules à le faire », écrit-elle.

Propulsée déléguée nationale et porte-parole d’Unité-SGP-FO en 2018 quelques mois avant le début de la crise des « gilets jaunes », ses vives critiques sur la gestion du maintien de l’ordre lui vaudront, révèle-t-elle, la menace d’une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour manquement à son devoir de réserve.

« Le devoir de réserve n’interdit pas le devoir de vérité », assène la syndicaliste, qui se veut la « porte-souffrance » des policiers.

Pression sur les effectifs pour « faire du chiffre », locaux décrépits où suinte parfois l’urine, « voitures déglinguées », sentiment de « ne servir à rien » quand les délinquants sont relâchés: l’administration met « une chape de plomb » sur ses maux, accuse-t-elle.

Avec un chiffre noir en étendard: 59, le nombre de suicides en 2019, l’un des pires bilans jamais observés.

Si un observateur du syndicalisme policier critique « une experte de la com’ plutôt que des dossiers », l’ancien directeur général de la police (DGPN) Frédéric Péchenard, désormais responsable chez Les Républicains, loue « sa maîtrise du sujet police » et son profil « plus crédible auprès des jeunes et des femmes ».

« Il m’arrive de la consulter, ses avis sont intéressants et éclairés », abonde l’ancien patron du Raid et député LREM Jean-Michel Fauvergue.

Pourrait-elle suivre leur trajectoire? « Derrière la défense des flics, elle vise autre chose, dans la politique, une ONG… », croit deviner une source policière.

Linda Kebbab, qui travaille à la création d’un « think tank » sur la sécurité, n’exclut pas « un chemin de traverse, en dehors de la police » mais jure qu’elle n’est « pas carriériste ».

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