Justice

Suspense autour du rendu du jugement Fillon

François Fillon connaîtra-t-il son jugement lundi après-midi ? Tout dépendra de la réponse du tribunal aux avocats de l’ancien Premier ministre, qui demandent une réouverture du procès pour faire la lumière sur d’éventuelles « pressions » pendant l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs de son épouse.

L’ancien champion de la droite à la présidentielle de 2017, dont la campagne avait été empoisonnée par cette affaire, risque gros: mi-mars, le parquet national financier (PNF) a requis contre lui deux ans de prison ferme.

Mais nul ne sait quel tournant prendra l’audience à 13H30.

La présidente de la 32ème chambre correctionnelle de Paris, Nathalie Gavarino, dira d’abord si elle accepte ou non de rouvrir les débats, comme le réclament les conseils de François Fillon, de son épouse Penelope et de Marc Joulaud, l’ancien suppléant du député Fillon dans la Sarthe.

La défense espère rebondir sur de récentes déclarations d’Eliane Houlette, ancienne patronne du PNF, qui a fait état de « pressions » procédurales de son autorité de tutelle, le parquet général, pendant cette enquête sensible.

Ce que décrit Mme Houlette, notamment des demandes pressantes de remontées d’informations, n’a rien d’illégal mais a relancé dans le clan Fillon les accusations d’instrumentalisation de la justice et conduit Emmanuel Macron à saisir pour avis le Conseil supérieur de la magistrature.

La défense, qui dénonce depuis trois ans une enquête « à charge » menée en pleine campagne présidentielle, espère que le tribunal attendra l’avis du CSM et la fin de la commission d’enquête parlementaire sur l’indépendance de la justice, devant laquelle s’exprimait Mme Houlette, pour en discuter et statuer.

Si la présidente accepte, cela pourrait reporter le jugement de plusieurs mois.

Si elle refuse, elle rendra sa décision dans la foulée.

« Rôle social » ou vrai travail ?

Donné favori à la présidentielle, le chantre de la droite conservatrice avait finalement été éliminé au premier tour, après une campagne minée par cette affaire révélée par le Canard Enchaîné.

A 66 ans, François Fillon, désormais retraité de la politique, s’est reconverti dans la finance.

Le 10 mars, le PNF avait dénoncé le « profond sentiment d’impunité » de celui qui avait « fait de la probité une marque de fabrique » et requis contre lui cinq ans de prison, dont deux ferme, 375.000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité. Une peine non aménageable.

Trois ans avec sursis et 375.000 euros d’amende ont été requis contre son épouse. Et deux ans avec sursis et 20.000 euros d’amende contre M. Joulaud, maire sortant de Sablé-sur-Sarthe.

Au coeur du procès figurent les soupçons de détournement de fonds publics entourant les emplois de collaboratrice parlementaire de Penelope Fillon, poursuivie pour des « prestations fictives ou surévaluées ».

Ses activités dans la Sarthe, auprès de son mari député et de son suppléant, méritaient-elles d’être rémunérées dans le cadre de contrats d’assistante parlementaire ?

Entre 1998 et 2013, la discrète Galloise de 64 ans a perçu au total 613.000 euros nets au titre de contrats connus seulement de quelques proches.

Les Fillon, dont les avocats ont plaidé la relaxe, ont décrit des tâches certes majoritairement orales (être « les yeux et les oreilles » du député, « donneuse d’ordres » pour le courrier arrivé à leur manoir sarthois…) mais indispensables, selon eux, à la carrière de l’homme politique.

Ces activités, que Penelope Fillon a peiné à décrire précisément, restent toutefois difficiles à circonscrire, réalisées en tant qu’épouse ou pour aider le Fillon député ou ministre, avec ou sans contrat de collaboratrice parlementaire…

Pour l’accusation, le tout relève « davantage du rôle social d’un conjoint d’élu » que d’un réel emploi d’assistant parlementaire, lequel est donc « fictif ».

François Fillon s’est au contraire évertué à expliquer que le travail de collaborateur est d’autant plus varié lorsque celui-ci est le conjoint, pratique désormais interdite.

Partie civile, l’Assemblée nationale réclame plus d’un million d’euros de dommages et intérêts si les emplois litigieux étaient jugés fictifs.

Les Fillon se voient également reprocher le lucratif et tout aussi discret emploi de « conseiller littéraire » de Mme Fillon à la Revue des deux mondes du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon, condamné pour abus de biens sociaux.

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